Acouphènes et bourdonnements aux oreilles causés par les médicaments : ce qu’il faut savoir
févr., 17 2026
Vous entendez un bourdonnement constant dans les oreilles, mais vous n’avez pas de problème d’audition ni d’exposition au bruit ? Ce n’est peut-être pas une coïncidence. Des centaines de médicaments courants peuvent déclencher ou aggraver les acouphènes, même si vous les prenez comme prescrit. Ce n’est pas rare, et pourtant, peu de gens en parlent. Ce n’est pas non plus une fatalité. En comprenant quels médicaments sont en cause et comment réagir, vous pouvez protéger votre audition et éviter des désagréments inutiles.
Qu’est-ce que les acouphènes médicamenteux ?
Les acouphènes, c’est ce bruit - aigu, ronflant, sifflant ou bourdonnant - que vous entendez sans qu’il vienne de l’extérieur. Quand il est causé par un médicament, on parle de ototoxicité : une toxicité pour l’oreille interne. Ce n’est pas une réaction allergique. C’est une lésion directe des cellules sensorielles de l’oreille ou du nerf auditif, souvent liée à la concentration du médicament dans le sang. Ce phénomène peut survenir en quelques heures ou après plusieurs semaines de traitement. La bonne nouvelle ? Dans 60 % des cas, les acouphènes disparaissent dès que vous arrêtez le médicament. La mauvaise ? Pour certains traitements, les dommages peuvent être permanents.
Quels médicaments sont en cause ?
Plus de 600 médicaments, sur ordonnance ou en vente libre, sont suspectés d’être ototoxiques. Mais tous ne présentent pas le même risque. Certains sont rares, d’autres sont redoutables. Voici les principales classes de médicaments à surveiller :
- Antibiotiques aminoglycosidiques : comme la gentamicine ou la tobramycine. Utilisées en intraveineuse pour les infections graves, elles peuvent causer une perte auditive irréversible chez jusqu’à 25 % des patients traités longtemps. Les collyres ou crèmes à base de ces antibiotiques, en revanche, ne présentent presque aucun risque.
- Chimiothérapies : le cisplatine est l’un des plus redoutables. Entre 30 % et 70 % des patients développent des acouphènes ou une perte auditive, souvent d’abord aux fréquences élevées, avant que les sons quotidiens ne soient affectés.
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : l’aspirine en très fortes doses (plus de 4 000 mg/jour) est un classique. Mais aujourd’hui, personne ne prend autant d’aspirine pour les maux de tête. À la dose habituelle (325 à 650 mg), le risque est quasi nul. Par contre, l’ibuprofène à forte dose (800 mg trois fois par jour) a été signalé par plusieurs patients comme déclencheur d’acouphènes, souvent réversibles après l’arrêt.
- Diurétiques de l’anse : comme la furosémide. Utilisés pour l’hypertension ou l’œdème, ils peuvent provoquer des bourdonnements, surtout chez les personnes âgées ou en insuffisance rénale.
- Antipaludéens : la quinine (utilisée autrefois pour les crampes) provoque des acouphènes en 24 à 72 heures. Les symptômes disparaissent généralement en une à deux semaines après l’arrêt.
- Antidépresseurs et benzodiazépines : le risque est faible, moins de 1 % des patients. Mais certains cas ont été documentés, notamment avec le sertraline (Zoloft), surtout lorsqu’on arrête le traitement brutalement.
- Isotretinoïne : ce médicament contre l’acné sévère (Accutane) est lié à des acouphènes dans environ 5 % des cas, selon certaines études, bien que le fabricant affirme qu’ils sont rares.
Pourquoi certains médicaments endommagent-ils l’oreille ?
La science n’a pas encore tout compris. Mais on sait que ces médicaments perturbent les cellules ciliées de la cochlée - les capteurs qui transforment les sons en signaux électriques. Certains bloquent les canaux ioniques, d’autres génèrent des radicaux libres qui détruisent les cellules. D’autres encore interfèrent avec le nerf auditif. Le risque augmente si vous avez déjà une perte auditive, si vous êtes âgé, si vous prenez plusieurs médicaments ototoxiques en même temps, ou si vos reins ne fonctionnent pas bien. Les reins éliminent ces médicaments : s’ils sont en panne, la concentration dans le sang monte, et les dommages aussi.
Comment savoir si c’est votre médicament ?
Si vous avez commencé un nouveau traitement et que vous entendez un bourdonnement dans les jours ou semaines qui suivent, c’est un signal d’alerte. Les acouphènes liés aux médicaments apparaissent souvent dans les deux premières semaines. Mais certains, comme les antibiotiques ou la chimiothérapie, peuvent se manifester après 90 jours. Ne pensez pas que c’est « juste du stress ». Vérifiez la notice du médicament. Certains ont une mention claire : « Peut provoquer des acouphènes ou une perte auditive ». Si vous n’êtes pas sûr, consultez votre médecin ou votre pharmacien. Ne prenez pas de décision seul.
Que faire si vous avez des acouphènes ?
La première règle : ne jamais arrêter un médicament sans en parler à votre médecin. Si vous prenez un traitement pour une maladie grave - un cancer, une infection bactérienne, une hypertension - arrêter le médicament peut être plus dangereux que les acouphènes. Votre médecin peut :
- Changer de médicament : par exemple, remplacer la gentamicine par un antibiotique moins ototoxique.
- Modifier la dose : réduire la quantité ou espacer les prises.
- Surveiller votre audition : des tests auditifs avant et pendant le traitement permettent de détecter les premiers signes de lésion.
- Contrôler votre fonction rénale : surtout pour les diurétiques ou les aminoglycosides.
Si l’arrêt du médicament n’est pas possible, des solutions existent pour gérer les acouphènes. La thérapie sonore (bruit blanc, musique douce) et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ont aidé 60 à 70 % des patients à vivre mieux avec les bourdonnements, même si le bruit persiste. Ce n’est pas une cure, mais ça réduit l’angoisse et la gêne.
Comment prévenir les dommages ?
La prévention est la meilleure arme. Si vous devez prendre un médicament à risque :
- Demandez un test auditif avant de commencer.
- Signalez tout antécédent de perte auditive, de maladie rénale ou de tinnitus passé.
- Évitez les autres facteurs aggravants : bruit fort, tabac, alcool.
- Ne prenez pas d’AINS à haute dose sans raison.
- Surveillez les symptômes : bourdonnement, acouphènes, vertiges, sensation de plénitude dans l’oreille.
Les professionnels de santé doivent aussi faire leur part. Seulement 35 % des médecins généralistes interrogés en 2022 évaluaient systématiquement le risque d’ototoxicité avant de prescrire des médicaments à risque. C’est insuffisant. Les hôpitaux commencent à intégrer des audiologistes dans les équipes de chimiothérapie et d’infections graves. C’est une avancée.
Et l’avenir ?
La recherche avance. Des molécules appelées « otoprotectrices » sont en essais cliniques pour protéger l’oreille pendant la chimiothérapie sans réduire l’efficacité du traitement. Des tests génétiques pourraient un jour identifier les personnes particulièrement sensibles à certaines toxicités. Et les fabricants de médicaments sont de plus en plus incités à améliorer la sécurité de leurs produits. Mais pour l’instant, la vigilance reste la clé.
Les acouphènes causés par les médicaments ne sont pas une fatalité. Ce sont des effets secondaires connus, mesurables, et souvent réversibles. Le problème, c’est qu’on en parle peu. Vous avez le droit de demander : « Ce médicament peut-il causer des bourdonnements dans les oreilles ? » Votre audition mérite qu’on y réponde sérieusement.
Tous les médicaments peuvent-ils causer des acouphènes ?
Non. Seuls certains médicaments sont ototoxiques, et même parmi eux, le risque varie grandement. Les antibiotiques aminoglycosidiques, les chimiothérapies comme le cisplatine, et les diurétiques de l’anse sont les plus à risque. La plupart des médicaments courants - comme les paracétamols, les statines ou les antihypertenseurs classiques - ne sont pas associés à des acouphènes. Il ne s’agit pas d’un risque généralisé, mais d’un risque ciblé sur des classes spécifiques.
Les acouphènes causés par les médicaments sont-ils toujours permanents ?
Non. Dans environ 60 % des cas, les acouphènes disparaissent après l’arrêt du médicament. C’est souvent le cas avec les AINS, les diurétiques, ou la quinine. Mais certains médicaments, comme les aminoglycosides ou le cisplatine, peuvent causer des lésions irréversibles, surtout si le traitement est prolongé ou si la dose est trop élevée. La clé est la détection précoce : plus vous signalez un changement auditif tôt, plus les chances de récupération sont grandes.
Puis-je prendre de l’aspirine si j’ai déjà des acouphènes ?
À la dose habituelle (325 à 650 mg), l’aspirine est très peu susceptible d’aggraver les acouphènes. Mais si vous avez déjà des bourdonnements, il vaut mieux éviter les doses élevées (plus de 4 000 mg/jour) et préférer le paracétamol pour les douleurs. Certaines personnes sont plus sensibles, mais c’est rare. Si vous avez des doutes, parlez-en à votre médecin.
Les antibiotiques en gouttes ou crèmes peuvent-ils causer des acouphènes ?
Non. Les antibiotiques aminoglycosidiques en forme de gouttes pour les yeux, les oreilles ou les crèmes cutanées ne pénètrent pas assez dans la circulation sanguine pour atteindre l’oreille interne. Le risque existe uniquement avec les formes injectables ou orales. Vous pouvez donc utiliser ces traitements locaux sans crainte pour votre audition.
Comment savoir si mon médecin prend en compte ce risque ?
Posez la question directement : « Ce médicament peut-il affecter mon audition ? » Un professionnel qui prend au sérieux les effets secondaires vous demandera si vous avez déjà eu des acouphènes, si vous avez des problèmes rénaux, ou s’il faut faire un test auditif avant. Si vous avez un traitement à risque élevé (comme la chimiothérapie), il devrait vous proposer un suivi audiologique régulier. Si ce n’est pas le cas, demandez à être orienté vers un audiologiste.
Lindsey R. Désir
février 19, 2026 AT 08:25Je ne savais pas que même les AINS à haute dose pouvaient causer des acouphènes. J’ai pris de l’ibuprofène pendant des mois pour mes migraines et j’ai commencé à entendre un bourdonnement fin comme un insecte. J’ai arrêté, et en deux semaines, tout a disparu. C’est fou comment on ignore ces liens simples.
Je trouve dommage qu’on ne parle pas plus de ça en consultation. Un simple rappel sur la notice ne suffit pas.
Francine Gaviola
février 20, 2026 AT 07:33Oh là là, j’adore ce post ! Tu as tout résumé comme un pro. Moi, j’ai eu les acouphènes après une cure de cisplatine, et personne ne m’en avait parlé avant. J’ai cru que c’était le stress. Faut vraiment que les médecins fassent leur boulot. J’ai même demandé à mon oncologue s’il pouvait me prescrire un test auditif avant la prochaine chimio, et il a dit oui ! C’est une petite victoire.
PS : Les otoprotecteurs en essai, c’est l’espoir du siècle. J’espère qu’ils vont vite arriver.
Laetitia Ple
février 21, 2026 AT 18:30600 médicaments ototoxiques ? Ah oui, bien sûr. Pendant ce temps, les laboratoires nous vendent des pilules pour tout et n’importe quoi, et on s’étonne que tout le monde soit en train de perdre l’audition à 40 ans.
La médecine moderne : on te donne un médicament, on te dit que c’est sûr, puis quand ça casse, on te dit ‘ah oui, c’est écrit en tout petit dans la notice’. Merci pour le piège.
Et non, je ne vais pas arrêter mon traitement. Mais je vais demander un auditif. Et une lettre de réclamation à l’ANSM. Parce que ça, c’est de la négligence systémique.
Julien Doiron
février 21, 2026 AT 21:29Je me demande si ce n’est pas un piège plus vaste. Les laboratoires savent que les acouphènes sont un effet secondaire, mais ils les minimisent parce que les patients ne les signalent pas. Pourquoi ? Parce qu’ils ont peur d’être accusés d’hypochondrie.
Et puis, qui contrôle vraiment la sécurité des médicaments ? Les agences ? Non. Les comités d’experts ? Non. Les actionnaires, oui. Et ils veulent des ventes, pas des audits auditifs.
Je ne prends plus aucun médicament sans vérifier les données de l’EMA, les études en double aveugle, et les signalements de patients. Je suis le seul à le faire ?
Louis Ferdinand
février 22, 2026 AT 01:20Mon père a eu des acouphènes après la furosémide. Il a mis 3 mois à le dire. Il pensait que c’était le vieillissement.
On a changé son traitement, et en 6 semaines, ça a disparu. Il a 78 ans. Il ne l’a jamais dit à personne. Je trouve ça triste. On devrait en parler plus, même entre proches.
Je ne sais pas pourquoi on a peur de dire ‘j’entends un bruit bizarre’.
Laurence TEIL
février 22, 2026 AT 06:09Je suis française, et je trouve ça incroyable que les Français soient si passifs face à ça. Dans d’autres pays, on aurait déjà organisé des manifestations, des pétitions, des débats au Sénat. Ici, on attend que ça nous tombe dessus.
Et puis, pourquoi les médecins ne font-ils pas de bilan auditif systématique avant de prescrire ? Parce que ça coûte trop cher ? Ou parce qu’ils ne veulent pas admettre qu’ils ont mal fait leur boulot ?
On nous apprend à respecter la médecine, mais pas à la questionner. C’est une erreur.
Mats During
février 22, 2026 AT 14:54Vous voyez, c’est toujours la même histoire. Un médicament, un labo, un profit. Les acouphènes ? Un petit effet secondaire. Une perte auditive ? Un malheureux accident. Mais quand des centaines de milliers de personnes sont concernées, ce n’est plus un accident. C’est un crime économique.
Et qui en profite ? Les fabricants de prothèses auditives. Les thérapeutes TCC. Les compagnies d’assurance. Personne ne veut que vous entendiez bien. Parce que si vous entendez bien, vous ne consommez plus.
La preuve ? Les études sur les otoprotecteurs sont rares. Les financements ? Minimaux. Pourquoi ? Parce que la solution, ce n’est pas de soigner, c’est de vendre. Et vendre, c’est mieux quand vous êtes sourd.
Sabine Schrader
février 23, 2026 AT 09:40Je suis tellement contente que quelqu’un ait enfin écrit ça !!!!
Je voulais poster un message depuis des mois, mais j’avais peur qu’on me dise que c’était « dans ma tête »…
Et puis, j’ai arrêté l’ibuprofène, j’ai fait un test auditif, et j’ai vu que j’avais perdu 10% de sensibilité aux hautes fréquences…
Je suis passée à la TCC, et ça m’a changé la vie !!!
Je recommande à tout le monde de demander un bilan avant tout traitement à risque !!!
Vous n’êtes pas seuls !!!
On peut le faire !!!